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La Poésie orale et le « problème Robinet »


L’excès signifiant et le corps. Un théâtre pour l’oreille

La poésie phonétique et la poésie « sonore » (vocale et électronique) ont sans doute surestimé l'importance des moyens (phonèmes, lettres, voix, micros) techniques permettant de dépasser, de déborder la représentation écrite. Chacun de ces moyens fonctionne comme une prothèse, une greffe censée extirper la poésie des cadres convenus, et valoriser le corps, la voix, le souffle, la scène. Le risque consiste précisément de se retrouver avec des représentations nouvelles (et réductrices) du corps, à désigner le corps parlant-écrivant selon des modalités proprement « organiques ». Ce qui serait à la fois pure contradiction et anachronisme. Or de quel organe inouï peut bien « tomber » l'écrit, quel organe peut-il le recevoir? Naïvement, le poète sonore répond : la voix, la voix parce qu'elle vient du tréfonds du corps, de l'« intérieur ». Mais depuis quand le corps doit-il être confondu avec son dedans, avec une substance, en fait un sac d'organes ? Le corps n'existe que dans son rapport à la langue ; c'est le « parlêtre » lacanien, qui ne concerne aucun organe en particulier, fut-ce celui de la phonation. Suivant ces prémices, comment définir l’oralité ?

Livre-objet, objet-livre


Jean-François Bory

Déjà le mail-art remettait sérieusement en cause l'idée de publication en la radicalisant, depuis le geste élémentaire auto-productif jusqu'à la « poubellication » systématique et assumée. Reste que la communication, révélée en quelque sorte pour elle-même, ne rend pas compte de cette vieille notion de « livre » qui, par retournement métonymique, trouve toujours son compte dans ces exercices de dissémination : la carte postale, les « petits-papiers », le timbre, peuvent toujours représenter le Livre ; celui-ci est plus coriace que cela, il en a vu d'autres ! Il s'agira donc de prendre très au sérieux, non seulement les différentes formes que peuvent prendre les livres (comment est le Livre), mais encore l'existence même du Livre comme objet (qu'est-ce qu'un livre ?). En fait, à l'instar de la Raison kantienne, il y a trois « critiques ». 1) La critique du contenu du Livre : celle-ci est conduite par la poésie visuelle, remettant en question l'écriture, la poésie, l'écriture de la poésie... 2) La critique de la forme du Livre : c'est le mail-art, et ce que nous évoquerons ici : les « objets-poèmes », pouvant aller jusqu'aux performances ou aux « installations­-poèmes ». 3) Enfin, la critique de l'existence du Livre : l'objet-­livre proprement dit, c'est-à-dire la représentation du Livre par lui-même – sublimation ou autodestruction : Jean-François Bory.