Ecritures mineures, minoritaires, clandestines, ou « underground »… le phénomène a toujours existé et ne se rapporte pas comme une évidence au principe d’Avant-garde ni aux mouvements d’avant-garde historiques, puisque la seule existence d’un « mouvement » indique une dynamique collective et déjà une forme de reconnaissance à l’opposé de cette marginalité – subie ou assumée – que semble impliquer le mot « underground ». Dans les souterrains de l’underground artistique, culturel ou politique, se meuvent et se côtoient, sans forcément se rencontrer, des tendances et des réalités extrêmement diverses, souvent opposées et parfois incompatibles, extrémistes ou pas, extrêmement originales ou au contraire affligeantes de banalité ; de futures avant-gardes, des immatures destinées à le demeurer, des génies incompris, des « cas » et de grands solitaires… Mieux vaut, au moins heuristiquement, conserver un lien ténu avec le principe d’avant-garde, seul phare pour nous orienter en ces eaux troubles et agitées, et peut-être nous sauver d’une noyade annoncée ! Après tout de ce creuset indistinct les avant-gardes ont fait partie, elles en partent. L’on peut articuler trois angles d’approche ou trois niveaux de réflexion pour cerner ce concept d’underground : une première réalité sociale renvoyant au simple phénomène « minoritaire », une question d’ordre esthétique et ici littéraire mettant en jeu la « lisibilité », enfin un niveau thématique touchant au contenu que l’on qualifiera globalement de « contestataire » et par ailleurs d’« utopique ».
