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Note sur Poésie et Philosophie

(Trois muses sur un bas-relief de Mantinée attribué à l'atelier de Praxitèle)

Des rapports ambigus

Poésie et philosophie entretiennent dès l'origine des rapports quelque peu ambigus ; il s'agit d'une relation de couple difficile fondée sur une dissension radicale, préservant malgré tout une sorte de perspective commune, voire un secret désir d'unité. Si, historiquement, la philosophie se définit semble-t-il contre la poésie, il n’en reste pas moins qu’elle commence avec elle, qu'elle l'utilise relativement souvent, enfin qu’elle ne s’en dégage que progressivement et jamais totalement.

Critique de la raison mimétique


Julien Blaine


On n'en finit jamais avec la mimesis, tellement que le sort d'une poésie "non-mimétique" semble scellé a priori. Mais d'abord, de quoi s’agit-il ? L’art imite la nature, dit Aristote, ce qui d’emblée se comprend de deux façons. D’une part la téchnè mène à son terme (accomplit, perfectionne) ce que la phusis est incapable d’œuvrer pour elle-même. Déjà, ici, une ambiguïté : l’art peut suppléer à la nature (c’est ce qu’entend Aristote et avec lui toute la tradition), mais l’art peut aussi supplanter la nature (c’est ce qu’affirme la modernité). Il y a là deux mimésis «générales» dite aussi «productives». Enfin, d’autre part, mimésis garde son sens d’ "imitation", au sens restreint, au sens de «copie» (ce qui n'offre guère d'intérêt). Mais par ailleurs, il n’existe pas de mise en œuvre sans mise en scène, d’où le caractère originellement théâtral de la mimésis. On sait l’importance que lui accorde Diderot avec le «paradoxe du comédien» : celui-ci imite d’autant mieux, produit d’autant mieux qu’il n’engage aucune propriété ou qualité personnelles, mais se fonde sur la capacité «poïétique» pure, le don en soi de la Nature, l’énergie même. Plus il n’est «rien», plus il peut «tout faire». Il y a donc une mimétologie fondamentale dont dépendent les capacités de jeu, la création en général, et enfin le talent, le génie…

L'esthétique "postmoderne" et l'objet poétique. Une généalogie philosophique



1. L'Eternel retour

C’est en adoptant une méthode, la Généalogie, que Nietzsche a pu repérer puis extirper un certain nombre de croyances constitutives de la modernité. Moderne « trop moderne » lui-même, il se lance à corps perdu dans une critique (mise-en-crise) sans faille de la modernité ; « malade » et nihiliste, il diagnostique avec lucidité et stigmatise avec hargne la « décadence » de l’Occident. Il y a du nihilisme dans la critique du nihilisme, et surtout une connivence entre la thèse du nihilisme et la méthode généalogique qui ne repose sur rien, n’a aucun fondement théorique, et d’ailleurs se livre au sabotage systématique de toute idée de fondement. Nietzsche est bien le premier penseur de la post-modernité.